Comment éviter les effets pervers de la logistique humanitaire ?

Nul ne peut rester insensible aux images des pays du sud, en particulier de l’Afrique, véhiculées par les médias, témoignant de conditions de vie déplorables, alors qu’au même moment en Occident, de nombreux biens et nourritures sont envoyés à la déchetterie. Ainsi, beaucoup de projets de solidarité internationale basés sur l’envoi de matériel ont vu le jour face à ce constat amer.

A première vue, cette démarche peut paraître noble et pleine de bonnes intentions ; pourtant, ces réflexes à caractère caritatif peuvent contre toute attente réserver des faces cachées. C’est donc dans un souci de sensibiliser les individus engagés dans la solidarité internationale que je me penche aujourd’hui sur les problématiques et les ambiguïtés du don à travers ses différentes phases.

Dans cet article, nous allons aborder quelques effets pervers de la logistique de la solidarité internationale ou logistique humanitaire, ainsi que quelques pistes de solutions.


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Les effets pervers de l’envoi de matériel

  1. La concurrence déloyale au marché local

Les associations engagées dans la solidarité internationale ignorent très souvent l’existence des entreprises locales telles que les papeteries, les menuiseries, les tanneurs, les cordonniers, …etc. En envoyant le même type de matériel que celui qui est déjà fabriqué ou commercialisé sur place, les associations freinent considérablement non seulement les possibilités d’émergence et de développement du marché local, mais poussent également au chômage ces entrepreneurs et ces artisans locaux qui ne pourront alors plus faire vivre décemment leurs proches et leurs familles.

Pour éviter cela, il est essentiel qu’au moment du montage de leur projet, les associations étudient la possibilité de faire fabriquer les matériels qu’elles souhaitent envoyer par les entrepreneurs locaux (tables, bancs, cahiers, cartables, stylos, vêtements, chaussures…). En procédant ainsi, l’entreprise locale pourra embaucher plus de personnes de sa communauté et contribuer à la réduction du taux de chômage. C’est l’un des moyens pour les associations de solidarité internationale de passer d’un statut de destructeur d’emplois à celui de créateur d’emplois. De plus, quand on considère toutes les dépenses nécessaires associées à l’envoi du matériel dans les pays du sud, on se rend souvent compte qu’il est plus judicieux et plus économique de s’approvisionner auprès des commerçants et entrepreneurs locaux plutôt que d’envoyer depuis l’occident.

Une bonne connaissance de l’économie locale du pays où l’association souhaite intervenir est donc un préalable indispensable au lancement d’un projet humanitaire.

  1. La dépendance

Les matériels consommables tels que les cartables, les meubles, les médicaments, les stylos, …etc. ne contribuent pas vraiment à améliorer les conditions de vie des populations auxquelles ils sont envoyés si on considère le long terme. L’envoi de ces matériels étant irrégulier, celui-ci contribue à renforcer la dépendance de ces populations vis-à-vis des pays occidentaux et de l’aide internationale. Cette pratique peut également contribuer à accentuer « la politique de la main tendue » des pays du sud, ce qui ne les inciterait probablement pas à chercher voies et moyens pour sortir de cette situation humiliante de quémandeur. Si l’envoi de dons ne connaît aucune limite dans le temps, il pourrait dans le long terme renforcer le désengagement des gouvernements du sud vis-à-vis du bien-être et du développement des populations desquelles ils ont la responsabilité. Il n’appartient pas aux associations de se substituer aux Etats du sud mais d’accompagner par des microprojets les efforts des États concernés.

  1. L’inadaptation des dons et le problème du recyclage des déchets

Il ne sert à rien d’envoyer des matériels qui ne répondent pas aux besoins locaux ou qui ne sont pas adaptés aux réalités locales. C’est pourquoi, avant tout envoi il faut poser la problématique de l’entretien des matériels que l’on souhaite envoyer. Ceci est particulièrement important dans le cas des appareils électroniques et électriques tels que les ordinateurs, les imprimantes, les photocopieurs, les appareils électroménagers, …etc. Il faut s’assurer que les pièces détachées nécessaires à leur réparation peuvent être trouvées sur le marché local et à des prix abordables par rapport au niveau de vie locale. Il faut aussi vérifier que le pays compte des techniciens qualifiés pour entreprendre la réparation si besoin est.

Le système de recyclage est quasi inexistant dans la plupart des pays du sud. C’est pourquoi il faut prendre les précautions nécessaires pour ne pas transformer ces pays en cimetières de matériels encombrants dont le coût de recyclage est élevé pour les entreprises occidentales. L’envoi de médicaments périmés ou de machines obsolètes, au lieu de contribuer au développement du pays, risque de faire surgir un problème supplémentaire pour ces pays : celui du recyclage. Dans les cas où l’envoi de matériel est indispensable, il faut tout mettre en œuvre pour que la population locale s’approprie ensuite l’usage et la gestion de ce nouvel équipement pour assurer la pérennité du projet en question.

  1. Attention à la corruption et à la déresponsabilisation

Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’envoi de matériel peut engendrer et encourager la corruption. Ainsi, les matériels destinés aux hôpitaux, dispensaires, bibliothèques, écoles et autres, risquent de se retrouver sur le marché local ou entre les mains des familles et proches des dirigeants de ces structures ou encore d’alimenter des réseaux et marchés parallèles si aucun contrôle n’est effectué. C’est pourquoi il est important pour les associations et ONG du Nord d’exiger avant tout envoi, une implication à part entière des populations bénéficiaires dans toutes les phases du projet : de la négociation pour l’exonération des éventuels droits de douane à la gestion de l’arrivée du conteneur, les partenaires locaux doivent intervenir afin d’éviter le détournement des dons à des fins autres que celles auxquelles ils sont destinés.

  1. Attention aux clichés !

Il est à souligner également que l’envoi excessif de conteneurs à but humanitaire dans les pays du sud en particulier en Afrique, a énormément contribué à renforcer l’image déformée que ces populations ont de l’Occident : l’eldorado, l’abondance. Ce cliché risque dans une certaine mesure d’inciter la jeunesse à vouloir rejoindre cet eldorado. L’esprit d’entreprise pour développer son propre pays est alors souvent sacrifié au détriment de celui d’immigration, ce qui entraîne dans les cas extrêmes, en particulier chez les jeunes, le désintérêt pour leur pays et un complexe d’infériorité vis-à-vis des pays occidentaux.

Quelles alternatives au don ?

Porter assistance à une population est un objectif noble qui prouve la fraternité entre les hommes au-delà des frontières mais le don devient problématique à partir du moment où il tend à engendrer des habitudes dont cette population ne pourra plus se passer. C’est dans le souci d’encourager les pays du sud à sortir de cet assistanat permanent qu’il faut envisager d’autres manières d’aider. En voici quelques pistes :

  • Créer ou amorcer une dynamique de développement économique dans ces pays par le montage de coopératives, la mise en place de systèmes de micro-crédit tout en associant la population concernée ;
  • Aider à la formation de la population dans le montage et la gestion des projets de développement car comme le dit un adage « Il vaut mieux apprendre à un enfant à pécher plutôt que de lui offrir du poisson » ;
  • Encourager les commerçants, artisans, entrepreneurs locaux en achetant sur place les matériels nécessaires au projet afin de dynamiser l’économie de ces pays et ainsi permettre à ces entrepreneurs de vivre de leur travail ;
  • Aider à mettre en place les structures de réhabilitation des matériels usagers. De telles structures assureront la formation des populations locales et rendront autonome une partie de ces populations par le biais des emplois créés.

C’est tout pour cet article ! Mais avant de vous quitter, je vous rappelle que vous êtes libre de recevoir à tout moment et gratuitement, mon guide pratique portant sur la construction du tableau de bord de pilotage de votre activité avec Microsoft Excel, en  cliquant ICI et en me laissant juste votre prénom et votre adresse e-mail. Je me ferais un réel plaisir de vous envoyer votre lien de téléchargement directement dans votre boite de réception.

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…A NOUS LA PERFORMANCE LOGISTIQUE !

 

One thought on “Comment éviter les effets pervers de la logistique humanitaire ?

  1. Merci de cette analyse performante, vous venez de nous faire comprendre le côté obscure des interventions humanitaires dans nos pays.
    A mon avis, ces ong contribuent à la destruction du peuple africain car tout celui qui est habitué à la facilité n’a pas le temps de chercher le sien à la sieur de son front.
    A bon a tendeur salut.

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