Comment comprendre que la logistique puisse avoir plus de cinquante définitions plus ou moins divergentes ?

La logistique est un concept aux origines militaires. Et depuis son apparition dans « l’art de la guerre » du Général Suisse Antoine Henry Jomini jusqu’à nos jours, ce concept ne cesse de prendre des tournures diverses, plus ou moins divergentes.
Au 19ème siècle, le Général Jomini décompose l’art de la guerre en six parties dont la quatrième est la logistique. Il la définit comme étant l’art de mouvoir les armées.
Plus tard, après la deuxième guerre mondiale, le conseiller militaire du président américain Franklin Delano Roosevelt élabore un plan de reconstruction de l’Europe appelé plan Marshall. Ce plan du Général George Marshall est également considéré comme un gigantesque plan logistique, dans la mesure où il consistait à mettre à la disposition de l’Europe, les ressources nécessaires pour une reconstruction rapide après la seconde guerre mondiale. En effet, par ce plan, le pouvoir de Washington accordait un prêt aux états européens, lequel devais servir à financer les importations depuis les États-Unis pour le rétablissement de l’Europe. Le plan Marshall va donc au delà de Jomini, en intégrant une approche de management au militaire et à la guerre. D’où la stratégie de mise en œuvre de la politique via la logistique. La logistique est donc en ce sens une fonction stratégique majeure.
La première définition sous le nom de logistique remonte à 1948 quand le comité des définitions de l’American Marketing Association a proposé : « mouvement et manutention des marchandises du point de production au point de consommation ou d’utilisation ». Ici, l’accent est mis sur l’aspect physique.
La conception globale de la logistique au bénéfice des entreprises quant-à elle, remonte aux années 1970.
En 1972, l’association e le Conseil National de la gestion de la distribution physique a élargie cette définition en y intégrant la planification, la mise en œuvre et le contrôle des flux.
Heskett, Glaskowsky et Ivie ont été parmi les premiers à proposer une définition plus abstraite : « gestion de toutes les activités qui contribuent à la circulation et à la coordination de l’offre et de la demande dans la création d’utilité par la mise à disposition de marchandises en un lieu et à un moment donné ».
Tixier, Mathe et Colin ont quant-à eux proposés une définition qui traduit bien la fonction de « juge de paix » que la logistique moderne apporte pour résoudre le conflit interne entre le marketing et la production : « la fonction de la logistique dans l’entreprise est d’assurer au moindre coût la coordination de l’offre et de la demande, aux plans stratégiques et tactiques, ainsi que l’entretien à long terme de la qualité des rapports fournisseurs-clients qui la concerne ».
Le constat est donc clair. Car, si la logistique existe vraiment en tant que concept universel, il ne devrait pas y en avoir  cinquante définitions, ou du moins toutes les définitions devraient être convergentes ». Il réside dans cette approche une certaine ambiguïté qui pourrait pousser à croire qu’il n’existe pas une logistique, mais des logistiques. Pire encore, ces différentes définitions ne sont pas nécessairement convergentes que ce soit par rapport à leurs étendues où à leurs champs d’action.
C’est la même situation qu’avait déjà connu le marketing quelques années plus tôt, avec une pléthore de définitions plus ou moins divergentes pour le même concepts. Le fait est que toutes ces définitions étaient chacune soutenue par des professeurs de renom qui s’opposaient à leurs collègues aussi connus, avec des réponses aux réponses, à répétition. Force a finalement été de constater que c’est principalement lors des période de controverse que le concept s’élargissait à des domaines nouveaux, homologués par  des gens assez intelligents et célèbres pour leur conférer toute une authenticité.
Finalement il nous est donné de constater que le marketing est un concept qui évolue avec l’environnement, avec la nécessité des temps. Donc le marketing n’a pas vraiment de définition standard
Même réponse pour la logistique. Chaque définition peut être vraie lorsqu’elle est prise dans son contexte, mais le sera moins lorsqu’il faudra l’étendre à d’autre champs d’application.

Inspiré du livre : D. Tixier, H. Mathe et J. Colin, La logistique d’entreprise, vers un management plus compétitif, Dunod, 2è ed., 1998.

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